Avec 905 milliards de dollars échangés mondialement en 2024*, les transferts de la diaspora constituent le premier flux financier vers les pays du Sud, devançant l’aide publique au développement. Pour capitaliser sur ces capitaux vitaux, la fintech panafricaine DigiPay déploie son application DigiTransfer en Europe. Interview de Gachlem Ngassaki-Zoni, fondateur et directeur général de DigiPay Group.
Monsieur Ngassaki-Zoni, vous lancez DigiTransfer en France et en Belgique. Quel impact anticipez-vous sur les comportements de la diaspora ?
Gachlem Ngassaki-Zoni (GNZ) : Notre raison d’être est la simplification des paiements. Si notre infrastructure a historiquement servi les flux sortants du Congo vers le monde, nous opérons aujourd’hui un renversement stratégique avec DigiTransfer pour fluidifier les flux entrants, de l’Europe vers l’Afrique. C’est cette ouverture vers la diaspora qui fonde notre projection de croissance : en éliminant les frictions logistiques et en permettant des transferts instantanés 24h/24 et 7j/7 par carte bancaire européenne vers un compte mobile africain, nous visons une augmentation de nos volumes de transactions de 150 à 200 % en 2026.
Ces transferts sont souvent assimilés à de la solidarité familiale informelle. Comment DigiPay transforme-t-il cette dynamique en levier de souveraineté économique ?
GNZ : Il faut analyser ce phénomène sous un angle macroéconomique : nous sommes bien loin du simple transfert de solidarité. Dans la zone CEMAC**, dont le franc CFA est adossé à l’euro, l’afflux de devises fortes constitue une ressource vitale pour les États. Ces entrées renforcent les réserves de change et consolident la valeur de la monnaie locale. En République démocratique du Congo (RDC), les flux entrants sont estimés à 3 milliards de dollars. À l’échelle mondiale, ces 905 milliards de dollars démontrent que la diaspora est le premier investisseur du Sud. En digitalisant et traçant rigoureusement ces flux, nous offrons aux États les instruments nécessaires pour formaliser les échanges et intégrer ces ressources dans une planification de développement à long terme.
Le secteur est dominé par des acteurs historiques critiqués pour l’opacité de leur tarification. Quel est votre positionnement ?
GNZ : Les opérateurs traditionnels appliquent des commissions de 7 à 10 %, et ajoutez à cela des marges sur le change. Le coût total peut atteindre 12 à 15 % du montant transféré, une ponction considérable sur les revenus de la diaspora ! DigiTransfer s’appuie sur une architecture technologique agile et des alliances stratégiques, notamment avec notre partenaire européen Belmoney, pour optimiser ces coûts et réduire drastiquement ces frais. Notre objectif est de maximiser la part du capital arrivant au bénéficiaire final, renforçant ainsi le pouvoir d’achat local. L’efficacité du service doit primer sur la taille de l’opérateur, permettant à chaque euro envoyé de contribuer davantage au développement des territoires d’origine.
Comment votre écosystème garantit-il à la diaspora une maîtrise totale sur l’allocation des fonds envoyés ?
GNZ : En Afrique, l’inclusion financière est l’aboutissement de l’inclusion digitale. Le mobile étant le premier vecteur d’identité numérique sur le continent, chaque opération génère une donnée traçable et vérifiable. Cette transparence permet de migrer d’un modèle de remise d’espèces, vulnérable aux détournements, vers un modèle de paiement de services en direct. Un membre de la diaspora peut ainsi régler des frais de scolarité à une école ou des factures à un fournisseur en Afrique, sans intermédiation humaine risquée. Cette sécurisation garantit que les capitaux alloués à l’éducation, la santé ou l’investissement atteignent leur destination finale, optimisant l’impact socio-économique et restaurant la confiance au sein des familles et des professionnels transnationaux.
Votre parcours entre Londres, Paris et le Congo influence-t-il la conception de l’application DigiTransfer ?
GNZ : Cette expérience bifocale m’a permis de comprendre les codes des deux marchés. Trop souvent, les solutions fintech sont conçues en Europe pour être ensuite adaptées, avec plus ou moins de pertinence, aux spécificités africaines. Chez DigiPay, nous avons inversé cette logique. Nous avons élaboré une solution native, née des contraintes du terrain congolais, que nous déployons sur le marché européen avec la même exigence de qualité. Cette approche endogène instaure un pont de confiance : nous répondons aux standards de rigueur et de conformité européens, tout en intégrant la réactivité et la maîtrise des usages mobiles africains. DigiTransfer est la synthèse harmonieuse de ces deux écosystèmes.
Quelles sont vos perspectives de déploiement au-delà de ce lancement franco-belge ?
GNZ : Cette étape initiale est un socle pour notre expansion. Si nous débutons avec les diasporas congolaises en France et en Belgique, notre feuille de route prévoit une extension vers d’autres pays européens émetteurs et l’ouverture de corridors vers l’ensemble de la zone CEMAC. À moyen terme, nous intégrerons des fonctionnalités dédiées aux PME pour fluidifier l’investissement transfrontalier. Cette évolution concrétise notre vision : faire de DigiPay une infrastructure de paiement panafricaine majeure, où chaque transaction contribue activement au développement économique harmonieux du continent.
* Source : Publication : World Migration Report 2026 (publié le 5 mai 2026).
** La Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) comprend six pays : le Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad.
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